Aux hommes… pour être ce qu’ils sont…
Contact oublié
Tristan et Ève étaient, depuis maintenant 4 mois, emprisonnés dans le laboratoire du PIV, le fabuleux Programme in vitro. Tout s’est déroulé si vite. Les voisins ayant entendu des cris suspects avaient tout de suite appelé la PCRN (Police Contre la Reproduction Naturelle) et un quart d’heure plus tard, ils se trouvaient dans un cargo volant en direction du siège social de la PCRN. Suite à une série d’interrogatoires pénibles et à un jugement unidirectionnel, le couple avait été transporté vers le PIV avec une garde rapprochée pour s’assurer qu’il n’eut aucun contact épidermique durant la déportation. Au quatorzième étage du sous-sol, il on été ligotés sur des tables chirurgicales presque tous les jours leur laissant à peine quatre heures de sommeil.
Une question demeurait : comment après tant d’années ces deux humains avaient réussi ce que le corps humain ne permettait plus, soit faire l’amour par contact direct, contact oublié depuis fort longtemps.
L’autodestruction de l’Homme
Au début des années 2000, c’est-à-dire il y a 373 ans, une pandémie énorme s’est produite. Tous les scientifiques de l’époque craignaient une vague gigantesque d’une maladie incontrôlable alors ils avaient inventé des vaccins pour toutes les sortes de grippes existantes, mais jamais, non jamais, ils auraient imaginé une pandémie venant de celle qui frappant le monde entier dans un espace de temps si court. Deux grandes causes ont été trouvées pour expliquer ce phénomène :
La non-aide des pays développés envers les pays pauvres avait été trop longue. Les gouvernements, voulant s’enrichir a tout prix, ne voulaient pas aider les autres nations dans le besoin. Les autorités les avaient donc laissés pour eux-mêmes en espérant qu’ils meurent sans faire d’histoire et ainsi prendre possession de leurs richesses pour pouvoir agrandir leur pouvoir.
Cependant, les hauts gradés ont oublié une chose pourtant prescrite, le retour à l’esclavage. Les compagnies, pour se faire plus d’argent, ont pris des peuples entiers, venus des continents sous-développés, pour les faire migrer dans leurs usines. En les déportant, elles s’assuraient que ces sous-hommes ne soient pas tentés de revenir dans leur foyer familial et ils pouvaient travailler encore plus longtemps, car ils n’avaient plus aucune connaissance à aller visiter à proximité.
La deuxième cause fut encore plus inattendue. L’hypersexualité des jeunes a donné le coup de grâce à l’Homme. À cause d’Internet et de la facilité à avoir des relations sexuelles dans les écoles, les jeunes ont voulu découvrir les joies de l’acte sans aucune pudeur. Il n’était plus surprenant de voir des soirées d’échangistes (pour 18 ans et moins). Les jeunes demandaient à leurs semblables s’ils voulaient avoir du sexe, comme lorsqu’on demande l’heure à quelqu’un. Le romantisme et les flirts n’existaient plus. Tout était porté sur les contacts directs. Le manque d’éducation des adolescents a beaucoup nui, car, en effet, à cette époque tous les cours portant sur les relations humaines avaient été retirés pour avoir plus de matières pures, le monde ayant de plus en plus besoin d’ingénieurs, de médecins et de chercheurs.
Ces deux conséquences ont mené le monde à sa perte. D’abord contrôlés, le VIH et les maladies vénériennes ont envahi les humains. Les nouveaux esclaves, ne sachant même pas ce qu’était un condom ou toute autre protection, ont tranquillement eu des relations avec les autochtones, ce qui a transmis le virus avec une efficacité effroyable. Les jeunes importés, profitant des soirées organisées par les adolescents d’ici, ont eux aussi profité de cette hypersexualité. Le sida s’est propagé comme une traînée de poudre, à une vitesse fulgurante. L’herpès, la gonorrhée et la syphilis sont devenus des maladies aussi communes que le rhume ou une migraine.
Les scientifiques, n’ayant pas trouvé de vaccin efficace, ont été impuissants. Les morts furent comptés, au début par milliers, et après quelques années, par centaines de milliers puis par millions. De dispendieuses publicités furent alors lancées. Des condoms, couvrant la région pubienne entière, devaient être obligatoirement portés par les hommes et les femmes. Des pilules antifongiques et des vaccins étaient distribués gratuitement par le gouvernement. Les amendes ont été données aux plus récalcitrants. Hélas, l’éducation de l’Homme à cette époque était inadéquate. Les humains de jadis préféraient un contact direct pour, il paraitrait, plus de plaisir, qu’ils disaient, pour vous dire… La vague de sida n’eut aucune pitié. En moins de 100 ans, le trois quarts de l’humanité fut décimée. En 2142, les villes complètement vidées sont devenues des territoires hostiles. Les gens, maintenant, préféraient mieux la vie de nomade. La vie en campagne reprit sa place. Vivant par eux-mêmes sur leurs terres, les familles en santé résistaient. Par contre, il fallait faire vite. Depuis la loi 204, qui interdisait tout rapport sexuel, il n’y avait pas eu de naissance depuis 50 ans. Une conséquence de cette loi votée était, heureusement, bénéfique. Le sida n’avait pas été transmis à une nouvelle victime depuis près de 39 ans. Seuls les plus récalcitrants faisaient éclater des éclosions de cette calamité, mais elles ne se propageaient pas au-delà des villes, la place où la plupart des mineurs vivaient encore.Les autorités ont dû faire vite, car sans naissance, la Terre aurait une chance de se départir de son plus grand fardeau, l’Homme. De multiples idées furent lancées par les survivants. Celle d’une jeune femme était parmi les visions les plus saugrenues. Un monde sans homme, seulement des femmes. Ces êtres plus sensibles étaient moins violents, donc ne voulaient pas à tout prix faire la guerre. Elles voyaient le monde différemment, avec une autre idéologie. Elles désiraient construire un monde meilleur au lieu de détruire ses voisins pour mieux régner. Mais cette idée fut rejetée…par les femmes, incapables de se départir de leurs maris.
Une nouvelle époque
C’est finalement en 2178 qu’un concept fut accepté majoritairement. Le Dr G. Anderson était l’inventeur. Il avait grâce à plusieurs années en ermite dans un sous-sol, pour se protéger du fléau, trouvé la solution pour aider son peuple. La fécondation in vitro existait depuis fort bien longtemps, mais pour se faire, on devait avoir en présence les gonades mâles et femelles d’un couple et après maintes tentatives, la mère était enceinte et pouvait accouchée de façon naturelle. Le Dr G. Anderson se servit de cette invention de base et l’approfondit. Il trouva les cellules sexuelles les plus résistantes qui soient et choisit le meilleur spermatozoïde et le meilleur ovule. Il les clona en multiples exemplaires et les reproduisit entre eux. Il décela une manière de changer les gènes de chaque cellule à chaque duplication, pour éviter la répétition d’un même défaut ou d’une faiblesse génétique. Il créa une sorte de bulle en vitre, de la dimension d’un cercueil et fit naitre ces nouveaux cobayes à l’intérieur. Au début, aucun ne survivait plus d’une semaine, le docteur n’étant pas capable de reproduire le liquide amniotique que la mère fabrique pour nourrir le fœtus. Sans échantillon, car, étant donné les lois en vigueur, aucune femme n’avait été enceinte depuis 49 ans. Sachant qu’il devait trouver un liquide semblable, il arrêta ses expériences et se creusa la tête pour trouver une solution. Les mois se suivirent et, enfin, il eut une l’inspiration. Ce fabuleux homme sortit à la lumière du jour et trouva une truie enceinte. L’homme, ayant pratiquement le même code génétique que le cochon, utilisait déjà ces organes internes pour les transplanter sur des gens, donc ce liquide qu’elle crée pendant la gestation de ses bébés devait être de la même nature. Il retira donc le liquide amniotique de son ventre et fabriqua son propre fluide, ne voulant pas être dépendant d’une espèce animale. Et, finalement, il réussit. Après une attente de 18 mois, car un bébé à besoin d’une gestion de 18 mois pour être complet. La femme donne naissance après seulement 9 mois, car la sortie naturelle du fœtus n’est pas assez grande pour lui permettre de ne pas rester plus longtemps dans le ventre maternel, le nouveau-né, dénommé 198, étant le 198e essai, émis finalement ses premiers pleurs. 198 fut alors présenté aux représentants du monde et le Dr G. Anderson eut le mandat, grâce à l’aide gouvernementale, de reproduire ces nouveaux bébés.
Ainsi, le PIV fut créé, un gigantesque laboratoire construit exclusivement pour la production d’humains. Sans aucune loi sur la régulation des naissances, la Terre avait était surpeuplé et par le fait même appauvris de ses richesses. Ne voulant pas répéter cette erreur, le président du monde ordonna au Dr G. Anderson de limiter ses reproductions. Le chef de la Terre voulait un maximum de 2 milliards d’humains. Donc, après avoir atteint ce chiffre, le chercheur devait seulement donner naissance à des nourrissons lorsqu’il y avait des morts afin de ne pas dépasser le cap établi. N ayant plus de rapport direct entre eux, les hommes et les femmes évoluèrent. Le pénis et le vagin disparurent. Le cerveau perdit la fonction de ressentir les plaisirs charnels. Les humains n’ont plus eu l’envie de toucher le sexe opposé. Les seins ont eux aussi, petit à petit, disparus. Laissant seulement un petit mamelon autour d’un halo. L’homme n’était plus vraiment un homme et la femme n’était plus vraiment une femme. Tout le monde était maintenant un humain, sans distinction. Les mots «mâle» et «femelle» s’éclipsèrent du vocabulaire commun. L’humanité a pu de nouveau vivre en paix. Avec désormais un nombre réduit d’êtres, les guerres de territoire n’avaient plus aucune raison d’exister, chaque peuple détenait suffisamment d’espace. Le taux de mortalité atteint un niveau très bas. Et pour vraiment tout recommencer à zéro, le calendrier retomba à l’an 0 et les Terriens purent enfin vivre heureux.
Mais la question demeurait : comment après des centaines d’années, un…un mâle et une fem…femelle avaient réussi à avoir une relation sexuelle complète. Les scientifiques avaient même dû regarder dans des vieux livres de leurs ancêtres pour s’assurer que c’était bien cela, faire l’acte avant d’émettre leur jugement contre eux. Aucune personne vivante ne pouvait plus faire l’amour, n’ayant même plus d’organes génitaux pour être en mesure de l’effectuer. Les plus brillants personnages furent dépêchés pour trouver la réponse. Tristan et Ève étaient traités comme de simples souris de laboratoire. Tous les chercheurs voulaient voir ces deux êtres et leurs organes sexuels. Les médias et le public n’avaient eu aucune information à propos de ces deux étranges personnes depuis qu’ils avaient été admis au PIV.
La réponse qui fut trouvée frappa tout le monde. Ces deux prisonniers étaient l’évolution de l’humain. L’Homme étant ce qu’il est, il avait toujours gardé au fond de son cerveau son côté pervers, égoïste, immature et irrespectueux. Tout ce travail pour changer avait été vain et inutile. La mémoire retrouvait les plaisirs d’antan et le cerveau avait peu à peu retrouvé les plaisirs qu’il avait délaissés. Leurs corps avaient reformé les parties intimes et les zones érogènes. Tristan et Ève étaient seulement les premiers à naître avec cette nouvelle conscience, qui en fait était simplement une conscience oubliée. Dès qu’il apprit la nouvelle, le président demanda que l’on cache cette effroyable découverte et ordonna de tuer ces deux abominations! Mais rien ne peut arrêter la conscience perverse de l’Homme. Il eut de plus en plus de cas comme ceux de Tristan et Ève et les dirigeants n’ont pu cacher la nouvelle plus longtemps. L’humain était redevenu, ce que le Dr G. Anderson avait réussi à dissoudre, c’est-à-dire un être complètement insouciant. La Terre recommença à être surpeuplée, surexploitée et «surpoluée». Les maladies refirent leur apparition et le monde retomba dans une période noire.
L’arrière arrière arrière petit parent de Tristan et Ève termine de lire l’article «Contact oublié» dans le journal régional en sirotant son café matinal, en se demandant pourquoi le rédacteur en chef avait accepté de publier ce texte farfelu. Finalement, avant d’aller porter les enfants à la garderie, il regarde dans un coin de la gazette à la recherche de la date d’aujourd’hui, 22 novembre 2010, plus que 4 mois avant que le sida l’emporte…
...des salauds.
Samuel Poulin